La contribution des nouvelles technologies à la modernisation du système éducatif

Rapports de missions | Éducation, recherche et enseignement supérieur | Publiée le 16 mars 2007 | Mise à jour le 9 juin 2026


Le ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche et le ministre chargé de la réforme de l’État ont demandé à l’inspection générale de l’éducation nationale (IGEN), à l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR), au conseil général des technologies de l’information (CGTI) et à l’inspection générale des finances (IGF) d’évaluer la contribution des technologies de l’information et de la communication dans le domaine de l’éducation (TICE) à la modernisation du système éducatif.

La situation en France peut sembler paradoxale : beaucoup de conditions favorables à l’usage des TICE sont réunies mais ces usages demeurent modestes. Sur le plan de l’équipement disponible dans les établissements, les dernières statistiques établies à la demande de la Commission européenne révèlent que la France est légèrement mieux positionnée que la moyenne européenne en ce qui concerne le nombre moyen d’élèves par ordinateur (8,0 élèves par ordinateur, contre 8,8 pour les 25 états membres1). Les programmes d’enseignement intègrent tous (plus ou moins) une dimension TICE. Les enseignants sont bien équipés et font un usage fréquent de leur ordinateur et d’internet, aussi bien dans un but privé que professionnel. L’éducation nationale a développé de nombreux services administratifs en ligne dont l’usage est désormais obligatoire pour des démarches importantes (inscriptions aux concours, expression des vœux de mutation, etc.) et auxquels le corps enseignant s’est adapté sans peine.

Les mêmes statistiques européennes classent cependant la France en avant dernière position au niveau européen lorsque l’on regarde globalement l’accès à l’outil, sa maîtrise dans un contexte pédagogique et la motivation des enseignants. Même si de telles mesures peuvent comporter des imperfections, elles traduisent un certain retard de la France par rapport aux autres pays de l’Union européenne dans la mise en œuvre de ces technologies.

La mesure des résultats atteints en ce domaine est difficile, particulièrement en France, en raison du petit nombre et de la faible qualité des informations disponibles sur la nature et la répartition des investissements effectués et sur l’usage qui est fait des équipements.

L’évaluation de la contribution des TICE à la modernisation du système éducatif est, en outre, impossible à réaliser en l’absence d’études sur l’impact que peuvent avoir ces technologies sur le métier de l’enseignant et sur l’organisation du système éducatif. Cette situation n’est pas propre à la France. Si on peut avoir l’intuition, avec l’OCDE, que les TICE pourraient être un outil au service de la réforme de l’École, les études de cas réalisées par l’organisation internationale montrent que, de manière générale, « l’investissement en TIC doit s’accompagner d’autres investissements en vue de modifier l’organisation du travail et les qualifications des salariés ».

La mission d’audit a donc choisi de se concentrer sur l’un des constats du rapport réalisé en 2002 par l’inspection générale de l’éducation nationale sur l’École et les réseaux numériques, selon lequel « le cap de la banalisation de l’usage des réseaux ne sera franchi que si deux conditions sont réunies : d’abord un environnement de travail fiabilisé et ergonomique, […] ensuite un accompagnement ferme, au niveau national comme au niveau académique ».

Ses constats l’ont confirmé dans ce choix. Le développement de ces technologies dans le système éducatif présente en effet la caractéristique d’être une politique nationale qui, en raison des modalités retenues pour opérer la décentralisation, ne peut être mise en œuvre qu’avec le concours des collectivités territoriales. C’est pourquoi les modalités selon lesquelles sont organisées les relations entre l’État et les collectivités territoriales – du stade de la détermination des objectifs à celui de la gestion et de l’usage des équipements – sont une condition essentielle de l’efficacité des investissements réalisés.

La mission s’est donc attachée, dans ses propositions, à définir les modalités d’organisation d’un programme de développement de ces technologies et d’évolution des pratiques éducatives intégrant leur usage.

Elle s’est appuyée sur les précédents rapports établis sur le sujet et a consulté à la fois les services de l’administration centrale et certains acteurs, publics et privés, concernés par la problématique. Elle s’est également déplacée dans cinq académies, notamment pour mieux appréhender la dynamique induite par la décentralisation et le rôle joué par les collectivités territoriales et pour analyser les obstacles pratiques rencontrés par les établissements. Elle s’est appuyée sur des grilles d’analyse de la gouvernance en matière d’investissements à haute teneur technologique et de conduite du changement.