La presse au défi du numérique

Rapports de missions | Numérique et intelligence artificielle | Publiée le 7 février 2007 | Mise à jour le 9 juin 2026


La période 2005-2006 est une période charnière pour la presse avec, d’un côté, la poursuite de tendances préoccupantes : poursuite de la baisse de la diffusion et de l’audience, stagnation de la publicité, recul du nombre de points de vente… et, de l’autre, l’accélération des restructurations dans le secteur : fusions, réorganisation de certains groupes…

A l’inverse, les médias numériques ne se sont jamais aussi bien portés. En octobre 2006, 28,6 millions de Français de 11 ans et plus ont déclaré s’être connectés à Internet à domicile ou sur leur lieu de travail ou d’études au cours du dernier mois, selon le baromètre de Médiamétrie. Depuis 2001, la proportion de ménages connectés à l’Internet à domicile a doublé. De plus, en septembre 2006, le nombre de connexions à haut débit a atteint 11,7 millions de lignes contre 8,5 millions un an plus tôt. L’explosion du haut débit, parce qu’il autorise une connexion en continu, entraîne une modification radicale dans les usages d’Internet. L’audience ne cesse de progresser : d’après Médiamétrie, elle a progressé de 17,8 % entre janvier et décembre 2006.

Il serait tentant d’établir une corrélation directe entre ces deux tendances contradictoires : l’arrivée du numérique sonnerait le glas de la presse traditionnelle, condamnée à gérer un déclin inéluctable. Il est vrai que les exemples fournis par d’autres industries culturelles ne sont pas nécessairement encourageant, par exemple le secteur de la musique qui a perdu près de 35 % de chiffre d’affaires en valeur entre 2002 et 2006.

Pourtant la réalité de la situation apparaît beaucoup plus complexe. D’abord, la « crise de la presse », expression qui paraît désormais consacrée, ne date pas d’hier et son origine remonte bien avant l’arrivée du numérique. Au demeurant, il s’agit surtout des difficultés rencontrées par la presse quotidienne et, principalement la presse nationale, comme le montre le graphique suivant. Le secteur des magazines a connu, au contraire, une croissance régulière qui semble remise en cause depuis peu.

De plus, les évolutions apparaissent extraordinairement diversifiées selon les types de presse mais aussi selon les pays et les zones géographiques. D’après l’Association Mondiale des Journaux, la diffusion des journaux a ainsi progressé dans le monde de 2,4 % en 2005 et de 10 % au cours des cinq dernières années, pour dépasser un niveau de vente quotidien de 450 millions d’exemplaires.

Dans de nombreux Etats de l’OCDE, les groupes de presse se portent bien financièrement, même si on commence à constater pratiquement partout un « effet numérique ». Même les Français, que l’on disait traditionnellement peu attirés par la lecture des quotidiens, ont fait un accueil très favorable à l’arrivée des journaux gratuits.

Enfin, les conséquences de l’arrivée du numérique sur la presse écrite sont loin d’être univoques. Celle-ci tient là un moyen de se réinventer et un nouveau relais de croissance et de développement. Les entreprises de presse ont déjà commencé leur mutation numérique. Elles sont déjà très présentes et très actives sur Internet et les perspectives semblent favorables, pourvu qu’elles soient prêtes à saisir les opportunités et qu’elles en aient les moyens, même s’il reste de nombreuses incertitudes.

L’objet de ce rapport est donc de faire le point sur les conséquences et les perspectives pour la presse des évolutions en cours dans le numérique.

La première partie est consacrée à l’analyse de l’impact de l’arrivée du numérique sur la presse écrite, à la fois sur les usages de la presse ainsi que sur son modèle économique traditionnel. Elle montre également comment Internet met en lumière des faiblesses anciennes et spécifiques de la presse française qui deviennent exacerbées dans un nouveau contexte concurrentiel.

La deuxième partie traite des perspectives de la presse dans le numérique. Elle fait le point, à partir d’une étude détaillée fournie en annexe, sur la présence importante de la presse française sur Internet et sur les opportunités offertes par le numérique, tout en montrant les incertitudes qui existent sur les modèles économiques en cours de développement.

Enfin, la troisième partie présente les pistes d’évolution qui seraient souhaitables, du côté de l’Etat et des pouvoirs publics, pour aider les entreprises de presse à occuper la place qui leur revient sur ces nouveaux territoires, tout en y préservant le modèle éditorial et déontologique que la presse a bâti et qui constitue un élément essentiel des démocraties modernes.