Les outils de gestion des risques en agriculture
Rapports de missions | Agriculture alimentation et pêche | Publiée le 7 avril 2017 | Mise à jour le 15 juin 2026
L’agriculture, outre les risques de marché ou de change, dépend de phénomènes naturels peu prévisibles, comme le climat ou les maladies des animaux et des plantes. Ces incertitudes pèsent sur le volume et la qualité de la production.
La volatilité des cours des matières premières et celle des prix de vente des produits agricoles peuvent accentuer les effets de ces événements, et mettre en jeu la survie d’exploitations agricoles. Les conséquences des aléas n'apparaissent en revanche généralement pas au consommateur final. Entre la production et le consommateur, la collecte, la transformation, la mise en marché, plusieurs intermédiaires amortissent les fluctuations de prix des matières premières, à la hausse comme à la baisse. La part de la consommation alimentaire dans le revenu des ménages est stable dans la plupart des pays européens (12 % en France).
Longtemps la production agricole française a été largement protégée des écarts excessifs des marchés internationaux. La gestion publique des marchés agricoles garantissait l’écoulement de la plupart des produits à des prix garantis. Ainsi l’activité agricole a connu des gains de productivité considérables dont le bénéfice est allé essentiellement au consommateur final. Ces « instruments de marché » ont été remplacés à partir de 1992 par des aides directes largement considérées par les agriculteurs non comme des compensations à la baisse des prix de référence, mais comme une garantie de revenu. Déconnectées des « signaux du marché », ces aides, qui ont pu contribuer à retarder l’adaptation d’une partie de l’agriculture à la gestion des risques et aux mesures nécessaires au renforcement de la compétitivité, n’ont ainsi pas varié à la baisse lorsque les cours et les quantités produites étaient exceptionnellement rémunérateurs.
Ces « garanties de revenu » ont fini par en constituer une part fixe, quelquefois essentielle. Pour beaucoup d’agriculteurs, ces soutiens sont la première protection contre les aléas des marchés.
S’agissant des risques conjoncturels, l’exploitant agricole peut à son niveau, en fonction de ses choix de système de production, de commercialisation et de gestion, réduire son exposition ou partager avec d’autres opérateurs les risques autant que possible. Mais sa capacité à gérer seul tous les risques est limitée. C’est pourquoi des dispositifs ont été mis en place pour aider les exploitations ou les filières à faire face aux risques. Ces dispositifs n’ont pas empêché des crises graves qui ont contraint les pouvoirs publics à intervenir a posteriori, et quelquefois un peu « à l’aveugle », pour tenter d’en compenser les conséquences. Ces interventions nécessaires ne sont satisfaisantes pour personne.
La perspective d’une nouvelle évolution de la PAC après 2020 constitue une opportunité de mise en cohérence des outils de gestion des risques en agriculture et des différents soutiens. Il convient d'ores et déjà de préparer cette évolution. Dans ce contexte, le Ministre chargé de l’agriculture a missionné le conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), par lettre du 20 septembre 2016 afin de :
- dresser un état des lieux complet des outils actuels ;
- examiner les conditions dans lesquelles une épargne de précaution pourrait être mise en œuvre dans le cadre de la PAC 2020 ;
- formuler toute proposition utile pour asseoir le développement des différents types d’assurances des exploitations agricoles.
La mission a été rejointe par l’Inspection générale des finances (IGF), suite à une lettre du ministre chargé de l’agriculture au ministre de l’économie et des finances en date du 26 octobre 2016. Elle a procédé à l’audition de plusieurs parties prenantes (professionnels agricoles, assureurs, experts, administrations), simultanément avec les travaux animés par la Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE) au sein d’un groupe de travail à haut niveau du Conseil supérieur d'orientation et de coordination de l'économie agricole et alimentaire (CSO), qui a produit une note de synthèse rendant compte de ses travaux.
Le présent rapport fait d’abord état du contexte de l’activité agricole et des risques qu’elle encourt. Il décrit ensuite les différents instruments mis en place par l’État. Il propose enfin des pistes pour améliorer la gestion des risques en agriculture.