Pilotage et audit des grands programmes informatiques de l'Etat

Rapports de missions | Numérique et intelligence artificielle | Publiée le 16 mars 2012 | Mise à jour le 9 juin 2026


Sur saisine du Premier ministre le 26 août 2011, l’Inspection générale des finances (IGF) et le Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGEIET) ont conduit une mission relative au pilotage et à l’audit des grands programmes informatiques de l’État.

Les grands chantiers de rénovation du système d’information constituent en réalité de véritables programmes structurants de transformation des organisations, des procédures et des compétences.

Dans ce contexte, le succès des programmes de système d’information est un véritable enjeu du point de vue des changements induits pour la sphère métiers mais également au regard des sommes considérables qui leur sont consacrés. Or, en France et à l’étranger, le taux d’échec des grands programmes informatiques est significatif dans la sphère publique comme dans le secteur privé. Même si aucune statistique ne permet d’établir un taux d’échec plus élevé dans l’administration, l’enjeu reste majeur pour les acteurs publics dans la mesure où la publicité de leurs échecs est beaucoup plus large.

Pour traiter de ces questions, la mission a conduit ces travaux au sein de plusieurs ministères. Les bonnes pratiques et les principales difficultés rencontrées par différents grands programmes informatiques ont été étudiées à partir des rapports déjà établis et des retours d’expérience des principaux acteurs concernés. Les choix de gouvernance ministérielle ont également été analysés afin d’apprécier le niveau de maturité des organisations et de la réflexion stratégique.

Cet état de l’art du secteur public a été mis en perspective grâce à une revue des organisations et des méthodes déployées :

  • dans le secteur privé, notamment auprès d’entreprises pilotant des programmes informatiques présentant des problématiques comparables à ceux développés au sein de l’État à la fois en termes d’effet de masse et de complexité ;
  • par différentes administrations étrangères en veillant à appréhender des systèmes présentant des niveaux de maturité différents.

Différentes expertises extérieures ont été par ailleurs mobilisées auprès de cabinets de consultants mais également d’universitaires ayant travaillé sur ces problématiques. Cette analyse croisée montre que la complexité des grands projets de modernisation est un facteur commun partagé par tous les grands programmes, privés comme publics. Ils sont en effet souvent longs, coûteux et multisectoriels avec des impacts organisationnels structurants et des effets déstabilisants au plan humain alors même que leur interopérabilité avec l’existant n’est pas toujours assurée.

La sphère publique présente toutefois des spécificités : la complexité exponentielle de ces grands programmes bouscule les modes habituels d’intervention des acteurs publics tant par le nombre des intervenants que par la multiplicité des sujets traités.

Ainsi, la logique de silos, plus prégnante au sein de l’administration, freine l’animation d’un réseau et la prise de décision dans un contexte où les politiques et les responsables publics changent fréquemment. Par ailleurs, la gestion publique des ressources humaines apparaît encore mal adaptée à la logique des grands programmes.

De fait, les programmes publics rencontrent des difficultés récurrentes. Pour les résoudre, les administrations étrangères et le secteur privé ont développé des réflexions similaires et se sont dotés d’outils spécifiques relativement comparables. Ces évolutions permettent de proposer différentes pistes de recommandations destinées à sécuriser les grands programmes publics français.

Ainsi, à l’aune des différentes réflexions actuellement conduites par les principaux acteurs du secteur, trois grandes clefs de succès se dégagent :

  • l’adoption de principes de gouvernance (I) qui est un trait marquant de l’ensemble des organisations étudiées par la mission ;
  • l’élaboration de règles de conduite de programme (II) qui traduit la volonté affirmée de concevoir autrement les grands programmes informatiques ;
  • et la mise en œuvre d’une véritable gestion des hommes et des compétences (III), domaine dans lequel toutes les organisations consacrent de nombreux efforts.