Pascale Dugos et Gilles Lara-Adélaïde, inspecteurs généraux des finances

Actualité | Publiée le 10 mars 2026 | Mise à jour le 30 juillet 2026


Témoignage Alain Triolle : A l’IGF chaque mission est conduite en mode projet avec une démarche d’intelligence collective de nature à enrichir la réflexion et des processus de relecture interne robustes qui permettent de garantir la qualité des travaux.

Les portraits croisés de Pascale Dugos, inspectrice générale des finances et Gilles Lara-Adelaïde inspecteur général des finances sont également à retrouver dans notre rapport d'activité 2024.

Pouvez-vous revenir brièvement sur votre parcours ?

Pascale Dugos : Si je devais synthétiser mon parcours, je parlerais volontiers de variétés de postures. J’ai fait mes gammes au sein d’une administration de réseau performante, l’administration fiscale : d’abord en expertise dans le contrôle fiscal des grands comptes du secteur de l’énergie à la Direction des vérifications nationales et internationales (DVNI), puis chargée de mission auprès du directeur des services fiscaux des Hauts de Seine, en accompagnement sur le terrain du déploiement des réformes, notamment celle de l’interlocuteur fiscal unique, et enfin responsable du contrôle de gestion et de l’animation du réseau de directions déconcentrées de la Délégation interrégionale d’Ile de France. Après la Tournée à l’Inspection des finances, j’ai rejoint le groupe RATP en tant que cadre dirigeant. En appui des transformations de l’entreprise, j’ai eu l’opportunité de structurer complètement toutes les fonctions dédiées aux risques sur un portefeuille d’intervention initialement dédié à l’audit, puis élargi à la gouvernance et au contrôle interne et étendu enfin aux risques et la gestion des assurances. Dans cette position, mes thèmes d’intervention y ont été multiples : sécurité du transport, performance opérationnelle et financière, gestion de projets industriels mais également développement et management contractuel, enjeux RH ou IT sans oublier bien sûr les exigences règlementaires. Avec le recul, ce parcours m’a offert des apprentissages nombreux en termes de contribution à des écosystèmes en transition, de pilotage de la performance en privilégiant les vertus du dialogue et de la transparence et enfin le plaisir d’interagir avec des équipes engagées en développant la confiance, la responsabilisation et des modes de fonctionnement participatifs.

Gilles Lara-Adelaïde : Avant de rejoindre le service de l’Inspection générale des finances en 2023, ma carrière administrative s’est articulée autour de deux marquants professionnels principaux : les questions budgétaires ont été mon premier et principal domaine de compétence. J’ai débuté au secrétariat général de Bercy avec la préparation et le suivi du budget des ministères économiques et financiers dans le contexte de l’entrée en vigueur de la loi organique relative aux lois de finances. Puis, c’est la direction des affaires financières du ministère de la défense que j’ai rejoint à ma sortie de l’école nationale d’administration. 
C’est en qualité de conseiller budgétaire que j’ai rejoint l’hôtel de Brienne, où j’ai servi sans discontinuer, entre 2016 et 2023, au sein des cabinets des ministres de la défense (puis des armées) successifs. Ce fut le second moment structurant de ma carrière professionnelle. Comme conseiller, puis comme directeur adjoint des cabinets civil et militaire, j’ai la chance d’y avoir contribué à l’élaboration de deux lois de programmation militaires, mais aussi à la transformation et à la modernisation d’un ministère d’exception, dont les personnels, militaires et civils, m’ont impressionné par leur engagement et leur sens du devoir.

En quoi ces expériences influencent-elles votre perception et votre exercice actuel du rôle d’inspectrice générale ou d’inspecteur général des finances ?

Pascale : Ces expériences sont précieuses pour exercer le rôle de superviseur, et parfois de chef de mission, ou intervenir en assistance auprès d’une direction, d’un ministère ou d’une personnalité qualifiée. Elles me permettent probablement d’être plus aiguisée sur le pragmatisme des recommandations et la compréhension des freins au changement mais également plus agile dans l’identification des facteurs d’amélioration ou la gestion des dossiers sensibles et des crises. Et surtout, j’ai plaisir à les partager et les confronter au sein de l’Inspection, qui est un concentré de profils variés et stimulants. J’attache du prix notamment à l’accompagnement des plus jeunes recrues, tout en leur laissant la liberté nécessaire dans le pilotage des missions. Je trouve que c’est une dimension importante dans le rôle des inspecteurs généraux que d’accompagner les nouvelles promotions qui, en retour, nous enrichissent par leurs approches souvent renouvelées.

Gilles : Dégager des solutions simples et efficaces. Cela reste une préoccupation de tous les jours, et j’ai pu constater à quel point elle est largement partagée au sein des membres de l’inspection. Le Service est sollicité pour trouver ces solutions dans des environnements administratifs, voire politiques, complexes, parfois dans l’urgence. Si mon début de carrière m’a appris une chose, c’est d’abord que les personnes que nous sommes amenés à rencontrer sont de bonne volonté, passionnés et dévoués à leur mission. Il faut donc savoir écouter et questionner avec bienveillance, bien que sans complaisance. C’est ensuite que les choses soient dites simplement, fondées sur des principes clairs et partagés. C’est la condition pour aboutir à une solution qui soit rapidement opérationnelle, c’est-à-dire concrète, pertinente et économe des ressources publiques.

Au-delà, je sais d’expérience qu’on n’est jamais bon, tout seul. Mon rôle d’inspecteur général, c’est aussi jouer le rôle qui est le mien au sein de l’équipe des inspecteurs : épauler la cheffe ou le chef de la mission si et quand il ou elle en a besoin, conforter les inspectrices et inspecteurs dans la progression et l’approfondissement de leurs analyses, contribuer à la cohésion et à une dynamique de travail agréable et stimulante aussi bien dans les missions assumées par l’inspection seule ou avec nos collègues des autres inspections, et puis apprendre de cette nouvelle aventure que représente une mission. Au bilan, il s’agit de prendre plaisir à résoudre les problèmes qui nous sont proposés.

Qu’appréciez-vous dans le mode de fonctionnement de l’IGF ?

Pascale : Sans vouloir paraphraser quiconque, une liberté de pensée et de plume ! Mais toujours guidée par l’exigence des faits objectifs, documentés et partagés avec les parties prenantes. Au sein de l’Inspection des finances, j’apprécie particulièrement la capacité qui nous est offerte de traiter de thématiques ou de politiques publiques très diverses, mais également de croiser les regards avec des interlocuteurs offrant des points de vue différents : les collaborateurs de proximité qui partagent leur vision opérationnelle, les équipes dirigeantes et les décideurs qui fabriquent la stratégie, les représentants d’intérêts qui défendent leurs secteurs d’intervention, les entreprises publiques ou privées, en France ou à l’étranger, qui livrent leurs retours d’expérience. Les missions confiées sont par ailleurs au cœur de l’actualité et de l’agenda gouvernemental, c’est donc un privilège extraordinaire que de pourvoir s’y concentrer pendant quelques mois pour contribuer à une meilleure efficience de l’action publique. Au-delà des thèmes d’investigations, l’écosystème de l’Inspection des finances est également une vraie richesse avec une qualité des équipes tout à fait remarquable ! Le travail en commun est enfin un dernier marqueur important dans nos modes de fonctionnement : chaque mission est en effet conduite en mode projet avec une démarche d’intelligence collective de nature à enrichir la réflexion et des processus de relecture interne particulièrement robustes qui permettent de garantir la qualité des travaux.

Gilles : J’apprécie plus particulièrement trois choses : d’abord, cette intelligence collective qui émerge progressivement des travaux d’analyse de l’inspection. C’est-à-dire, ce processus d’échange et d’alchimie subtile d’où finit par jaillir par éclats, au fil des cadrages, entretiens, points d’étapes et « claquages », ce moment d’illumination qui fait basculer l’inspectrice ou l’inspecteur de l’obscurité originelle d’une lettre de mission aux reflets de défi herculéen à la clarté des constats, de la démonstration et des recommandations. Inspectants comme inspectés, chacun apporte ainsi sa pierre à l’édification du rapport.
Ensuite, j’apprécie la rigueur de la méthode, cette exigence de la forme qui reflète aussi celle qui s’impose au fond. Je l’apprécie pour ce qu’elle représente : ce que je pense être la marque de fabrique de l’inspection, ce creuset commun qui autorise l’autonomie, l’indépendance, la rencontre et la confrontation des membres du Service. 
Enfin, j’aime la proximité. Il m’arrive de traverser les couloirs de l’inspection, comme je traverserais les ruelles d’un village. On se salue de loin, on s’arrête, on échange un instant. On plaisante, on prend des nouvelles. On visite. Il y a ceux avec qui vous avez partagé l’expérience d’une mission, ceux avec qui vous le ferez peut-être. Il y a celles et ceux qui partent, celles et ceux qui arrivent. La richesse du Service, ce sont ses femmes et ses hommes, ce qu’ils vous ont appris et fait découvrir, et – peut-être, peut-être seulement – ce que vous aurez pu leur apprendre ou leur faire découvrir.

Quels événements marquants avez-vous retenus de votre expérience au sein de l'Inspection ?

Pascale : Plus qu’à des évènements marquants, je pense surtout aux modalités de construction des productions et des rapports. Nos délais d’intervention sont souvent courts sur des thématiques très larges dont nous n’avons qu’une connaissance parfois très lointaine au démarrage des travaux. Dans mon expérience à l’Inspection, ce qui a donc été probablement le plus frappant pour moi, et le plus formateur, c’est la capacité de partir d’une page blanche pour mobiliser rapidement les informations nécessaires, solliciter un nombre impressionnant de parties prenantes, se confronter au terrain pour objectiver les situations et enfin prendre de la hauteur pour synthétiser le diagnostic juste au bénéfice des recommandations pour les décideurs. Je citerais deux missions qui ont été emblématiques pour moi, la première relative à la conduite des affaires à l’égard de la clientèle du secteur financier, et la seconde concernant le pilotage des grands programmes informatiques de l’Etat. Et, depuis mon retour au Service, je constate que cette puissance de travail et cette exigence sont toujours à l’œuvre, c’est donc véritablement la marque de fabrique de l’Inspection !   

Gilles : Chacune des missions sont autant d’images. Si je devais en isoler une ou deux, ce serait probablement celle d’une mission à Mayotte. Je repense fréquemment à la traversée, en vedette, du bras de mer de Dzouadzi vers Mamoudzou, à la découverte de ce petit bout de territoire français qui, depuis s’invite bien souvent dans le fil de réflexions dont je n’arrive pas à trouver le bout.
Une autre serait sans doute la visite des locaux de structures d’insertion par l’activité économique, gérés par des associations pour le bénéfice de demandeurs d’emploi les plus éloignés du marché du travail. Là aussi, c’est l’engagement de celles et de ceux qui encadrent, de celles et de ceux qui apprennent une compétence nouvelle qui m’a le plus marqué. 
Découvrir ces univers sociaux, administratifs ou politiques, c’est la belle opportunité que nous offre l’inspection.