Regard sur l'IGF : Antoine Bozio et Étienne Wassmer, économistes

Actualité | Publiée le 18 mars 2026 | Mise à jour le 30 juillet 2026


Les data scientists de l’IGF contribuent notamment à des missions dites d’assistance à des personnalités qualifiées, telles que des économistes. Les travaux du pôle science des données ont permis d’étayer les constats et le chiffrage des scénarios du rapport d’Antoine Bozio et d’Etienne Wasmer, Les politiques d’exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire, remis en octobre 2024 au Premier Ministre.
Cet entretien avec Antoine Bozio et Étienne Wassmer est à retrouver dans notre rapport d'activité 2024.

Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ? 

Étienne Wasmer : Je suis professeur d’économie à New York University Abu Dhabi depuis 2017 et directeur de son département d’économie depuis 2023. J’ai auparavant été professeur à Sciences Po Paris et titulaire du cours d’introduction à l’économie de 2007 à 2016. Je suis titulaire d’un doctorat d’économie de la London School of Economics. 

Antoine Bozio : Je suis économiste, normalien et titulaire d’un doctorat en économie de l’EHESS. Après mon doctorat, j’ai poursuivi mes activités de recherche à Londres pendant 6 ans, puis je suis revenu en France pour constituer l’Institut des politiques publiques (IPP). 

Pouvez-vous rappeler brièvement le contexte et l’objet de votre rapport ? 

Étienne : Les exonérations de cotisation sont la grande politique du marché du travail. Elles ont été étendues pendant 30 ans à des niveaux plus élevés et allègent le coût du travail pour une grande partie des salaires jusqu’à 3,5 fois le Smic, même si le plus gros des exonérations porte sur les salaires en dessous de 1,3 fois le Smic. Cette politique a permis de réduire le chômage des moins qualifiés et crée des emplois à bas salaires dont une grande partie n’aurait pas vu le jour sans ces allègements. Dans le même temps, les salariés français sont plus souvent rémunérés au niveau du Smic qu’il y a 30 ans, au moment du démarrage et avant la montée en puissance de cette politique. Il y a des éléments suggérant que les salariés démarrent plus souvent à des bas salaires même s’ils sont diplômés, et y restent parfois plus longtemps : un phénomène qualifié de « Smicardisation ». La première ministre Élisabeth Borne avait souhaité faire le point sur le sujet d’autant que la compensation de ces exonérations représente un très gros effort budgétaire de l’ordre de 75 à 80 milliards d’euros par an. 

Pourquoi et dans quel cadre l’IGF a-t-elle été sollicitée pour vous aider ? 

Antoine : Il avait été acquis avec le cabinet de la première ministre au moment du lancement de la mission que des rapporteurs de différentes administrations devaient contribuer aux travaux. Une coordination générale s’est vite avérée nécessaire pour mener à bien la mission, et a été confiée à l’IGF. 

Étienne : Lorsque j’ai été sollicité, et fort de mon expérience au sein du comité SMIC de 2008 à 2012, j’ai demandé à pouvoir être assisté de rapporteurs dont la connaissance fine des données et des législations donnerait à notre rapport un degré de qualité que seuls, Antoine et moi, ne pourrions réaliser, compte tenu de nos tâches d’enseignement et de management. L’IGF était naturellement en position de coordonner les quatre administrations participantes (direction de la sécurité sociale, direction générale du Trésor, direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques et institut national de la statistique et des études économiques), à la fois sur le plan de la recherche et l’exploitation de données et de la rédaction. 

Quelle plus-value la participation de l’IGF a-t-elle apportée à vos travaux ? 

Étienne : La plus-value a été énorme : le travail de coordination était spectaculaire, le travail sur les données était au moins aussi important et l’équipe autour de Sophie Maillard qui nous assistait a réalisé de vraies innovations méthodologiques. 

Antoine : Je rejoins Étienne, la plus-value de la participation de l’IGF et de Sophie a été extrêmement importante : d’abord par sa connaissance fine du calcul des exonérations, mais aussi par sa capacité à solliciter les bons interlocuteurs et à mobiliser les administrations, et par sa connaissance technique des problèmes de données et de méthodologie. 

Quels avantages voyez-vous au format de l’assistance ? 

Antoine : L’assistance s’est très bien déroulée, en particulier avec l’IGF car c’est la seule administration qui a mobilisé une équipe pour l’exploitation des données et la construction de modèles de simulation plus performants que ceux dont disposaient les administrations jusqu’à présent. Le rapport a pris grâce à l’assistance de l’IGF une véritable dimension de recherche et apporté des innovations conséquentes. 

Quelles sont les décisions ou conséquences concrètes prises à la suite du rapport ? 

Antoine : Le rapport a eu un retentissement médiatique et politique certain. Il a été énormément cité dans le projet de loi et la loi de finances et a été utile aux parlementaires pour éclairer et nourrir le débat. Nous avons d’ailleurs été auditionnés par les deux chambres. J’ajoute que nous avons bon espoir que les avancées méthodologiques apportées par le rapport soient prises en compte par les principales administrations concernées et améliorent le suivi et la mesure des effets des exonérations de cotisation. Étienne : C’est vrai – et pour la suite, les rapports demeurent dépendants de l’aléa politique. Mais pour nous l’histoire n’est pas finie et nous pensons que les travaux menés sont utiles pour les décideurs actuels, et à venir !