Regard sur l'IGF : Nicolas de Rivière, ambassadeur
Actualité | Publiée le 13 janvier 2026 | Mise à jour le 14 septembre 2026
Cet entretien avec Nicolas de Rivière, ambassadeur de France en Russie, ancien représentant permanent de la France auprès des Nations-Unies est à retrouver dans notre rapport d'activité 2024.
Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?
Tout au long de ma carrière, commencée en 1992 au Ministère des affaires étrangères, j’ai occupé divers postes à l’international, notamment en tant que conseiller à l’ambassade de France à La Haye (1994-1997) et à Washington (1997-2001). J’ai ensuite dirigé les organisations internationales, les droits de l’homme et la francophonie entre 2011 et 2014, avant de devenir directeur général des affaires politiques et de sécurité au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (2014-2019). En juillet 2019, j’ai eu l’honneur d’être nommé ambassadeur, représentant permanent de la France auprès des Nations unies à New York, où j’ai défendu les intérêts de la France sur les grandes questions internationales. Depuis le 1er février 2025, j’occupe désormais le poste d’ambassadeur de France en Russie, poursuivant ainsi mon engagement au service de la diplomatie française.
Pouvez-vous rappeler brièvement les fonctions de la représentation permanente de la France auprès de l’ONU ?
L’ambassadeur auprès de l’ONU représente son pays à l’Organisation des Nations Unies à New York. Il défend les intérêts nationaux sur des sujets clés comme la paix, la sécurité, les droits de l’homme et l’environnement. Son rôle principal est de participer aux négociations internationales, de voter des résolutions et de nouer des alliances diplomatiques. Il interagit avec les organes de l’ONU, suit les crises internationales et communique la position de son pays aux médias et aux autres États membres. La Représentation permanente de la France auprès de l’ONU, basée à New York, défend les intérêts et positions françaises au sein des instances onusiennes, notamment le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale et les commissions spécialisées. Elle participe aux négociations internationales sur la paix et la sécurité, les droits de l’homme, le climat et les enjeux humanitaires. La mission française veille aussi au suivi des opérations de maintien de la paix, à la gestion du budget de l’ONU et à l’influence des réformes administratives. Elle joue ainsi un rôle clé dans la diplomatie multilatérale en portant la voix de la France sur la scène internationale.
Pourquoi et dans quel cadre l’IGF a-t-elle été sollicitée pour vous aider ?
Chaque année, le service économique de la RP ONU représente la France dans les travaux de la 5e commission de l’Assemblée Générale, en particulier s’agissant de la négociation annuelle du budget régulier de l’ONU (3,7 Mds € en 2025). Dans ce contexte, la délégation française participe à toutes les séances de négociations, au sein de la commission mais aussi entre pays européens ou dans le cadre des pays affinitaires (dont USA, Canada, Australie, Suisse…). L’équipe du service économique, constituée en permanence de 3 personnes, nécessite un renfort ponctuel de son équipe chaque année, de l’ouverture de l’AG annuelle de l’ONU en septembre jusqu’à la conclusion des travaux de la 5e commission fin décembre. Depuis deux ans, un inspecteur des finances assure ce renfort en apportant ses compétences budgétaires et de compréhension d’enjeux complexes.
Quelle plus-value la participation de l’IGF a-t-elle apportée à vos travaux ? La participation de l’Inspection générale des finances (IGF) aux négociations de la 5e Commission de l’ONU a apporté une plus-value essentielle à la délégation française. Grâce à son expertise technique, notamment sur les questions budgétaires, l’IGF a joué un rôle clé dans l’analyse des budgets des missions proposés par le secrétariat général de l’ONU. Son travail de coordination avec les autres délégations et sa capacité à travailler avec tous les interlocuteurs ont renforcé la position de la France dans les discussions budgétaires. L’engagement de l’IGF a ainsi permis d’optimiser les négociations et de garantir une approche rigoureuse et efficace des enjeux financiers au sein des Nations unies. Quels avantages voyez-vous au format de l’assistance ? Étant placé directement au sein du service économique de la Mission, l’inspecteur des finances en appui est pleinement intégré à l’équipe, et agit comme tel. Le format de l’assistance présente de nombreux avantages : il permet d’appuyer la Mission temporairement, pour un besoin ponctuel : le besoin d’un renfort budgétaire est particulièrement prégnant lors des travaux de l’Assemblée générale d’automne, et le renfort vient donc subvenir à ce besoin ; il permet d’apporter des compétences spécifiques, en matière de négociation budgétaire, permettant à la France de jouer un rôle important lors de la négociation ; il fait partie intégrante de la mission de renfort envoyée à New-York, et ce faisant, est inclus dans la vie de la Mission : ce positionnement est primordial, le négociateur budgétaire devant être à l’interface permanente des experts du conseil de sécurité, notamment pour la négociation du budget des missions de politique spéciale, les experts politiques étant ceux qui négocient ce qui va être ou non financé ensuite ! Le format de l’assistance est donc particulièrement adapté : ponctuel, venant appuyer les équipes sur des sujets techniques, et intégré à la mission de renfort envoyée par le Ministère des Affaires étrangères, l’appui de l’IGF est très utile. Quelles sont les conséquences concrètes prises à la suite des négociations annuelles du budget de l’ONU ? Les négociations entre États-membres ont permis, grâce à l’implication de l’ensemble de l’équipe du service économique auprès de l’ONU, l’adoption d’un budget 2025 pour l’ONU de 3,7 Md$. Ce budget permettra de financer de manière adéquate l’ensemble des mandats confiés à l’Organisation, notamment ceux du Conseil des droits de l’Homme, de renforcer les ressources de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) et de la Cour internationale de Justice (CIJ) et de mettre en œuvre des missions politiques spéciales de prévention des conflits et de consolidation de la paix. Par ailleurs, la Commission a approuvé le maintien de la méthodologie actuelle pour le calcul du barème des contributions des États membres aux budgets régulier et des Opérations de maintien de la paix (OMP), une méthodologie renégociée tous les trois ans. Les nouveaux barèmes pour la période 2025-2027 entérinent une diminution de la contribution française, qui passe à 3,86 % pour le budget régulier (contre 4,12 % sur 2022-2024) et à 4,58 % pour les OMP (contre 5,29 % auparavant). La France reste toutefois le sixième contributeur à ces budgets. Cette session a également été marquée par un accord important sur le financement du système des coordonnateurs résidents. Après d’âpres négociations, les États membres ont validé une autorisation exceptionnelle de dépenses jusqu’à 53 millions de dollars, complétée par la mobilisation d’autres sources de financement (contributions volontaires, levy et cost-sharing). La France et toute l’équipe du service économique de la Représentation Permanente de la France auprès de l’ONU sont fières d’avoir contribué à ce résultat qui va permettre d’assurer un financement adéquat, prévisible et durable pour la consolidation de la paix.